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01 septembre 2006
La Norvège et le tabac
L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) estime que 13% des décès enregistrés en 2000 en Norvège étaient dus au tabagisme. Les autorités norvégiennes indiquent que 6700 décès seront dus au tabagisme en 2006, et situent entre 350 et 550 le nombre de décès annuels attribués au tabagisme passif dans le pays. De surcroît, 250 000 norvégiens souffriraient de maladies chroniques des poumons.
Le tabagisme est donc une préoccupation majeure pour le gouvernement norvégien, ce qui explique pourquoi la Norvège est devenue l’une des sociétés les plus contraignantes d’Europe en ce qui concerne la législation anti-tabac, notamment depuis l’introduction le 1er juin 2004 de l’interdiction totale de fumer dans tous les lieux où l’on sert des produits alimentaires ou des boissons.
L’ORGANISATION DE LA LUTTE CONTRE LE TABAC EN NORVEGE
Le Ministère de la santé et des soins
Le Ministère de la santé initie donc puis veille à l’application des lois et des règlements concernant le contrôle du tabac. Mais il est assisté dans cette tâche par l’Agence pour la santé et les affaires sociales ainsi que par le Conseil national pour la santé et les affaires sociales.
L’Agence pour la santé et les affaires sociales
L’Agence pour la santé et les affaires sociales possède un département spécifique en charge du contrôle du tabac.
Ce département est le principal responsable des initiatives et des actions en matière de contrôle du tabac, et il est également l’autorité qui supervise la prise de mesures nécessaires concernant la législation anti-tabac norvégienne. De surcroît, ce département joue le rôle d’organe consultatif pour le Ministère de la santé et des soins pour toutes les questions qui concernent les répercussions de la consommation de tabac sur la santé.
Si le gouvernent a la possibilité de cadrer l’action de l’Agence pour la santé et les affaires sociales à travers le budget qu’il lui octroie et les instructions qu’il lui fait annuellement, l´Agence reste assez indépendante, puisqu’elle est libre du choix des mesures et des stratégies mises en oeuvre.
Le Conseil national pour le tabac et la santé
La Norvège possède également une agence gouvernementale qui existe depuis 1971 : le Conseil national pour le tabac et la santé.
Jusqu’à janvier 2002, c’est à dire jusqu’à la création de l´Agence pour la santé et les affaires sociales, c’est ce Conseil national pour le tabac et la santé qui était responsable du contrôle du tabac. Il se composait alors d’un organe consultatif et d’un département administratif. Seul l’organe consultatif existe encore aujourd’hui.
Les autres acteurs de la lutte contre le tabagisme
Le tabac est un problème d’ordre public, mais les autorités norvégiennes bénéficient dans leur lutte contre les méfaits du tabagisme d’une solide collaboration avec les organisations non gouvernementales, les syndicats ainsi que certaines associations.
HISTORIQUE DE LA LEGISLATION ANTI TABAC EN NORVEGE
Dès 1965, le Parlement norvégien avait nommé une commission interdisciplinaire qui avait été chargée de déterminer les mesures qui pourraient être mises en œuvre pour combattre les effets néfastes du tabagisme sur la santé. Le rapport de cette commission, rendu en 1967, préconisait que la publicité pour le tabac soit interdite et que la présence d’avertissement concernant les risques encourus par les fumeurs soit rendue obligatoire sur les emballages de tous les produits du tabac.
Suite à la publication de ce rapport, le Conseil national pour la santé et les affaires sociales est créé en 1971, et surtout une loi est votée en 1973 et entre en vigueur le 1er juillet 1975, qui interdit toute publicité pour des « produits du tabac » au sens large, et fixe la limite d’âge à 16 ans pour pouvoir acheter du tabac. La Norvège est alors un pays précurseur en la matière, puisqu’elle sera bientôt suivie par la majorité des pays d’Europe occidentale.
En 1988 est adopté la « loi pour une atmosphère saine » (Clean Air Act), dont l’idée avait été avancée par le Conseil national sur le tabac et la santé trois ans auparavant dans un rapport intitulé « Une atmosphère saine pour tous - le droit de respirer un air sans fumée ». Depuis cette loi, il est interdit de fumer dans les endroits publics, au travail et dans les transports en commun. Les bars, restaurants, cafés et hôtels possèdent des zones réservées pour les fumeurs, mais le gouvernement admet que 30% des municipalités n’effectuaient pas d’inspections régulières de ces structures en 2000.
L’INTERDICTION DE FUMER DANS LES BARS ET RESTAURANTS AU 1ER JUIN 2004 ET SON EVALUATION UN AN APRES
Depuis le 1er juin 2004, l’interdiction totale de fumer dans tous les lieux publics et lieux de travail qui prévalait alors a été étendue à tous les lieux où l’on sert des produits alimentaires ou des boissons. Les zones « fumeurs » y sont même interdites afin de protéger le personnel contre les risques du tabagisme passif. La loi a été votée par le Parlement en 2003.
La raison d’être de la loi
L’interdiction de fumer dans les restaurants et dans les bars a été justifiée par la volonté des autorités de protéger le personnel et la clientèle de ces établissements. Les syndicats des travailleurs de la restauration affirmaient en effet que leurs membres présentaient une incidence plus élevée de cancers du poumon que les autres, influence attribuée au tabagisme passif.
L ‘évaluation de la loi et de ses conséquences
Deux ans plus tard, on peut estimer que cette loi est un succès. En effet, l’application de cette loi n’a pas rencontré d’opposition majeure, et a même suscité l’enthousiasme chez la plupart des norvégiens, dont 75% s’estiment aujourd’hui satisfaits de la législation anti-tabac en vigueur dans le pays. Par ailleurs, plusieurs études scientifiques ont prouvé les effets bénéfiques de cette loi, en particulier sur la santé du personnel des établissements concernés.
L’évaluation par le ministère de la santé et des affaires sociales
Dans un rapport paru en mai 2005, le ministère de la santé norvégien évalue les conséquences de la loi, pratiquement un an après sa mise en œuvre. Ce rapport, basé sur des recherches, démontre, statistiques à l’appui, la non-matérialisation des craintes que certains avaient émises quand à l’éventuel refus des citoyens de respecter l’interdiction ou à une probable levée de boucliers de la part des industriels du tabac ainsi que des gérants de restaurants et de bars, devant la baisse de leur chiffre d’affaire.
En effet, s’il est vrai que les brasseurs ont enregistré une légère baisse dans leurs ventes de bière, et que la fréquentation des bars et restaurants a légèrement décliné, ce sont les conséquences positives qui prédominent largement.
Entre autres, on constate que les Norvégiens ont en majorité accepté et se sont conformés à la loi. Les employés ne se sont en effet heurtés qu’à un nombre très faible de refus de se plier à l’interdiction de fumer de la part des clients des bars et des restaurants. Par ailleurs, la majorité des norvégiens se déclarent satisfait de la loi, et notent qu’ils ont constaté une amélioration de la qualité de l’atmosphère dans les lieux ciblés par ladite loi.
En ce qui concerne les employés des bars et des restaurants, ils sont de moins en moins à souffrir de problèmes médicaux en général, et à déclarer éprouver des difficultés respiratoires. De plus, 1 employé sur 10 a arrêté de fumer depuis la mise en œuvre de la loi.
L’évaluation par l’Institut norvégien de la santé du travail
En outre, une étude norvégienne effectuée par l’Institut norvégien de la santé du travail a conclu à une réduction du taux de polluants volatiles et de l’exposition à la nicotine suite à l’interdiction de fumer mise en place dans les lieux publics.
Les chercheurs ont mesuré une baisse significative de l’exposition du personnel des bars, restaurants et boîtes de nuit aux polluants volatiles depuis la mise en place de l’interdiction de fumer dans les lieux publics en 2004.
Une partie de l’étude se focalisait sur le taux de cotinine, un métabolite de la nicotine, présent dans l’urine du personnel d’un même établissement, avant et après l’interdiction de fumer. Ils ont conclu que l’urine des membres de l’équipe après la mise en place de l’interdiction de fumer contenait considérablement moins de cotinine que les échantillons prélevés avant l’entrée en vigueur de la loi, réduction également perceptible pour les employés fumeurs.
LES AUTRES COMPOSANTES DE LA POLITIQUE CONTRE LE TABAC
Lorsque la loi sur le tabac de 1975 a été mise en œuvre, il a été clairement spécifié par les autorités norvégiennes que la législation n’était pas la seule composante du plan de lutte contre le tabagisme, et que d’autres éléments tels que l’information, l’éducation ainsi que l’aide aux personnes souhaitant arrêter de fumer étaient des composantes vitales de ce programme de lutte contre le tabagisme. Ceci est encore aujourd’hui le paradigme au sein duquel la politique de lutte contre le tabac est élaborée par les décideurs politiques.
L’aide pour les personnes qui veulent s’arrêter de fumer
L´aide aux personnes qui souhaitent arrêter de fumer est un des piliers de la politique norvégienne de lutte contre le tabac. Cette aide comprend une ligne téléphonique destinée aux personnes souhaitant être assistée dans leurs efforts pour arrêter de fumer (la Quit-line), qui est gratuite et joignable tous les jours de la semaine à partir de 18 heures, et parfois le week-end en période de campagne renforcée contre le tabac.
L’Agence pour la santé et les affaires sociales a également formé 120 personnes afin qu’ils puissent dispenser des cours pour aider les individus à arrêter de fumer. Ils sont ensuite tenus de donner des cours dans tous le pays deux fois par an (au cours de la 3ème puis de la 36ème semaine), ainsi que des cours au sein des entreprises ou des lieux de travail en général.
Des études montrent d’ailleurs que les cours pour arrêter de fumer dispensés dans les entreprises sont efficaces en ce qu’ils contribuent à réduire le tabagisme parmi les employés.
L’Agence pour la santé et les affaires sociales est également en charge de la collecte, de la compilation et de la diffusion d’informations concernant le tabac et la manière dont on peut s’en libérer.
La prévention chez les jeunes
La principale composante de la stratégie de prévention chez les jeunes à l’encontre des produits du tabac est un programme qui se base sur trois années scolaires et qui s’adresse aux adolescents de 13 à 15 ans. L’idée directrice en est de faire comprendre aux étudiants ce que c’est que d’être une personne libre, indépendante et responsable de ses choix. Paradoxalement, l’accent n’est donc pas mis sur les dommages que cause la consommation de tabac à long terme sur la santé.
Le programme a été mis en place en 1997 et environ 60% des lycéens y participent aujourd’hui. Les résultats en sont encourageants puisqu’une étude a montré que sur un groupe de 300 000 élèves ayant suivi le programme en question, 3000 jeunes de moins avaient commencé à fumer par rapport à l’échantillon témoin des 300 000 lycéens n’ayant pas suivi le programme.
L’action des collectivités locales
Les collectivités locales sont également un acteur de la politique de lutte contre le tabac norvégienne. En effet, depuis le plan national contre le cancer de 1997, l’Etat leur attribue une subvention pour les aider à financer leur action en matière de lutte contre le tabac, le but de ce système étant d’adapter les stratégies nationales de prévention aux spécificités locales.
Chaque comté nomme ainsi une personne responsable de l’application des mesures de contrôle du tabac en vigueur et de l’instauration de nouvelles mesures. Ces responsables sont aussi entre autres chargés recrutement des professeurs qui interviennent dans le programme « Be Smokefree » , de l’organisation de la journée régional « sans tabac » (le « Regional No Tobacco Day »), ainsi que de la mise en œuvre des cours pour arrêter de fumer. Par ailleurs, ce responsable a également l’initiative de programmes locaux de contrôle du tabagisme, et est chargé du contact avec les médias locaux.
Les campagnes dans les médias
Le gouvernement recourt également aux campagnes dans les médias pour sensibiliser la population norvégienne aux dangers du tabac.
Ainsi par exemple, une campagne a été lancée en octobre 2003, par le biais de spots publicitaires à la télévision et au cinéma et de la création d’un site Internet destiné aux adolescents et dont l’adresse était www.tobakkdrper.no (stobakk dreper signifiant « le tabac tue » en norvégien). L’objectif de cette campagne était de dénoncer l’industrie du tabac, et notamment de prévenir l’accoutumance que cette industrie cherche à créer chez le consommateur notamment par l’ajout d’additif aux produits du tabac. Le principal slogan de cette campagne était ainsi « Vous avez le pouvoir de faire ce que les industriels du tabac redoutent le plus : arrêter d’acheter leurs produits. »
Par ailleurs, une nouvelle campagne publicitaire destinée à lutter contre le tabagisme des jeunes a été lancée en Norvège en 2006. Cette fois-ci, les autorités ont décidé d’avoir recours aux témoignages de personnes souffrant de maladies chroniques des poumons dues à la consommation de tabac. Le but est en effet que les jeunes prennent conscience, face à ces faits réels, des dangers qu’il y a à fumer dès le plus jeune âge, et de combien la vie peut être difficile ensuite lorsque l’on est affecté par ce type de maladies.
Les prix des produits
Les actions des autorités norvégiennes en matière de lutte contre le tabagisme se basent également sur des hausses du prix des produits du tabac ainsi que sur un niveau de taxe relativement élevé toujours en ce qui concerne les produits du tabac.
La Norvège est ainsi l’un des pays où le tabac est le plus cher au monde, puisque le paquet de 20 cigarettes y coûte environ 8.7 euros, soit 38 minutes de travail pour un norvégien moyen.
CONCLUSION
La Norvège est l’une des sociétés les plus rigoureuses d’Europe en ce qui concerne le tabagisme, et cette rigueur de l’arsenal législatif semble efficace puisqu’on estime qu´environ 26% de la population norvégienne fumait en 2004, contre 29% en 2002. Un enquête récente a même montré que seuls 5% des jeunes norvégiens âgés de 13 à 15 ans fumaient quotidiennement, soit deux fois moins qu’il y a à peine cinq ans, les jeunes déclarant eux-même que la cigarette n’est plus aussi « tendance » qu’avant (Aftenposten, Février 2006).
Les autorités norvégiennes doivent cependant faire face à un nouveau phénomène : le tabac à priser (aussi appelé snus), dont les risques sont encore mal connus, mais dont la consommation grimpe actuellement en flèche car il peut être consommé partout et à tout moment.
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